Hillary Clinton a exhorté samedi les Tunisiens à protéger leur liberté chèrement acquise après la chute du régime Ben Ali et a invité les formations islamistes et laïques à travailler
ensemble dans ce pays berceau du "printemps des peuples arabes".
La secrétaire d'Etat américaine a également conseillé aux jeunes de se servir des médias sociaux et des nouvelles technologies, qui ont joué un grand rôle dans les soulèvements des derniers mois dans le monde arabe, pour demander des comptes aux nouveaux pouvoirs.
"Après une révolution, l'Histoire montre qu'elle peut aller dans un sens ou dans l'autre: elle peut aller dans la direction que vous empruntez aujourd'hui pour construire un pays fort et démocratique, ou elle peut dérailler (...) dans le sens d'une autocratie, d'un nouvel absolutisme", a-t-elle lancé devant quelque 200 étudiants rassemblés dans une villa mauresque de la station balnéaire ultra-chic de Sidi Bou Saïd.
Hillary Clinton, qui a participé vendredi à Tunis à une réunion internationale des "Amis de la Syrie", a ajouté: "Les vainqueurs des révolutions peuvent devenir leurs victimes. Vous devez être les gardiens de votre démocratie".
A l'issue d'élections démocratiques remportées par les islamistes modérés d'Ennahda (Renaissance), la Tunisie post-Ben Ali est dotée d'un gouvernement de coalition composé d'islamistes et de représentants de la gauche laïque et nationaliste.
Le pays connaît toutefois des problèmes aigus de pauvreté et de chômage, et la société tunisienne est divisée entre islamistes, interdits sous Ben Ali, et laïques, qui prônent une séparation de l'Etat et de la religion.
Montrer la voie
Certains, dans les deux camps, s'accusent mutuellement de trahir les idéaux de la "révolution du jasmin".
En outre, des manifestations de protestation contre la pauvreté et les inégalités sociales agitent périodiquement les villes de province, témoignant de l'impatience de certains face à la lenteur du processus de démocratisation.
Pour des diplomates, cette exaspération pourrait être exploitée par des responsables politiques opportunistes désireux de revenir à un régime autocratique.
Faisant allusion à ces problèmes également rencontrés lors des autres soulèvements arabes, notamment en Egypte et en Libye, la responsable de la diplomatie américaine a estimé que la Tunisie pourrait là-aussi montrer la voie.
"Il y a ceux ici en Tunisie et ailleurs qui se demandent si l'islamisme (politique) peut être réellement compatible avec la démocratie", a déclaré Hillary Clinton.
"La Tunisie a la chance de répondre à cette question par l'affirmative et de démontrer qu'il n'existe pas de contradiction (...) et que cela ne signifie pas seulement de parler de tolérance et de pluralisme, mais de le vivre".
Hillary Clinton a engagé les partis islamistes et laïques tunisiens à coopérer, y compris à l'assemblée nationale et dans la rédaction d'une nouvelle Loi fondamentale.
"Pour rédiger une Constitution, le parti de gouvernement Ennahda devra travailler avec d'autres formations, y compris des partis laïques, et convaincre les électeurs sur tout l'éventail politique de respecter les libertés fondamentales" comme la liberté d'expression, de religion et d'association ainsi que l'état de droit.
Mme Clinton avait quitté la Tunisie samedi matin, où elle a promis une aide à la reconstruction de l'économie et au renforcement de la démocratie.
Source : Reuters

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